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Samra Jihan ♣ C'est dans le silence qui suit l'orage, et non dans celui qui le précède, qu'il faut chercher la fleur en bouton.

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Avatar : Freida Pinto

MessageSujet: Samra Jihan ♣ C'est dans le silence qui suit l'orage, et non dans celui qui le précède, qu'il faut chercher la fleur en bouton. Jeu 22 Oct - 13:12

Samra Jihan
inventé • peuple • feat. Freida Pinto

Je suis né(e) le 14 avril 2020 à Bombay (Inde), ce qui me fait donc 25 ans. Je vis dans l’Agora, à la Bibliothèque, je suis célibataire, je suis athée à tendance Sikh et je m'intéresse aux idées des fordistes. À Abalessa je suis Chercheuse pour les Archivistes et on me connait aussi en tant que spécialiste en Génie Civil Je parle Indien, arabe, bases solides en anglais, dialectes (somalien, bédouin, touareg), bases fragiles en français, à peine quelques mots d’espagnol.

@akata
Informations
Quelles sont vos qualités? je suis une travailleuse acharnée, si l’on me confie une tache, elle sera menée à bien, quitte à sacrifier une partie de ma vie pour cela. Je suis débrouillarde et non du genre à me plaindre. Indépendante, je suis déterminée à toujours agir pour le mieux. Je suis souriante aussi, toujours prête à aider les plus jeunes et les plus faibles qui sont prêts à se battre pour réussir. Je suis ambitieuse mais je sais également faire preuve de respect et je remballe aisément mon orgueil pour reconnaitre le mérite de chacun. Je suis drôle également, quand on me connait bienEt vos défauts? je ne supporte pas les « je m’en foutistes » ou les personnes qui passent leur temps à se plaindre sans rien faire pour améliorer leur condition. Je peux donc me montrer glaciale et méprisante envers eux. Je suis bavarde, aussi, quand le sujet me passionne, mais je suis aussi têtue qu’une mule. Si on m’énerve, je peux me montrer extrêmement rancunière. J’ai un caractère entier et le sang chaud, ce qui fait que ma colère peut être dévastatrice. Un signe particulier? une longue cicatrice sur le bas ventre
Ancien ou Nouveau Monde? Je n’ai que peu connu l’Ancien monde. J’avais à peine 6 ans lors du Changement. Mais je le désire, je veux remettre les choses à plat et montrer aux hommes qu’ils sont libres de choisir leur destin et qu’ils sont plus puissants qu’ils ne le pensent face aux éléments. L’esprit humain, voilà ce en quoi je crois. Un objet de l'Ancien monde qui vous manque? L’ordinateur… il me permettait de voir le monde, d’apprendre beaucoup de chose et de parler à mon frère parti en Amérique Que préférez-vous dans le Nouveau Monde? La place des femmes et l’égalité entre les sexes. Du moins, à Abalessa, parce que dans le reste du monde ce n’est pas ça du tout. Je viens d’un monde où la femme n’était que secondaire, là, elle est libre de tenir tête aux hommes, et même de diriger un pays.
Si vous pouviez changer une loi d'Abalessa? l’Article 4, sans aucune hésitation. Elle rétablit le système des castes, basé uniquement sur les exploits passés de quelques membres d’une famille. En quoi un descendant ou un cousin d’un homme valeureux serait-il nécessairement valeureux et apte à prendre des décisions concernant des gens qu’il ne connait même pas ? Quel mérite y a-t-il ? ça me révolte cette différence que l’on fait comme ça…Quelle serait la prochaine modification majeure à apporter à la cité? arrêter le nepotisme, pour ce qui concerne la politique. Pour la Cité en tant que telle, il faut travailler en urgence le système hydraulique Qui devrait être la prochaine Antinea? Pas l’une des princesses des « Grandes Familles ». En tout cas, pas si elle n’a que cela pour lui conférer un quelconque mérite. Il faut quelqu’un d’ouvert sur le peuple, quelqu’un qui veuille réellement améliorer les choses, quelqu’un qui ne se contente pas de prier pour que la terre soit calme, mais quelqu’un qui se bat pour la paix, y compris contre la Nature. Quelqu’un comme moi ?
Quel est votre endroit préféré sur les Terres d'Abalessa et pourquoi? Sans aucune hésitation : la Bibliothèque. Elle est la mémoire de l’Humanité, le grand livre de nos erreurs et de nos capacités. pour moi, c’est une porte sur l’avenir, grâce aux leçons de nos pères. Je m’y sens bien, là bas, il n’y a pas de passe droit, on est tous égaux devant les livres et ce n’est que notre acharnement et notre application à les étudier qui nous confère notre valeur. Et celui que vous évitez le plus possible? A dire vrai, il n’y a pas réellement d’endroit que j’évite. Je n’ai rien à craindre au sein d’Abalessa. Même des établissements peu recommandables comme le TMK, on peut m’y voir, même si c’est très rare. En revanche, même s’il m’arrive d’errer près des établissements religieux, je ne pénètre jamais à l’intérieur. Beaucoup trop de mauvais souvenir… Et puis y a-t-il seulement un dieu qui s’est penché sur nous ?Votre journée type? Je me lève à l’aube, j’ai le sommeil léger depuis des années. Un petit-déjeuner frugal, et je passe au camp des Réfugiés, tous les matins (tradition renforcée depuis que mon dernier frère en vie est arrivé au camp il y a cinq mois). Puis je passe mes journées dans la Bibliothèque, à trier, ranger, lire les livres qui arrivent à Abalessa, ou à écouter discrètement les leçons dispensées par les enseignants. J'ai toujours soif d'apprendre et mon français comme mon espagnol ne sont pas vraiment très bons... L’après midi, je me consacre à l’étude de ma spécialité, jusqu’au soir. Quelquefois, quand il y a de l’agitation dans l’Agora, je me permets de tendre une oreille. Un vent de changement souffle, et j’espère qu’il sera bon cette fois. Quand je m’accorde quelques moments de liberté, je peux aller danser, ou me trouver un compagnon pour quelques heures. Puis les thermes , avant m’entrainer au couteau, toujours. Et je me couche, tard. Passionnant, n’est-ce pas ?

Je m'appelle non, je m’appelle pas souvent, je ne suis pas schizo… , aussi connue sous le nom de weak&addicted et j'ai 27 ans. J'ai connu Abalessa via Le Mal… il m’a fait des choses… c’est horrible, je préfère ne pas en parler… et ça a l'air plus beau avec une culotte psychédélique. Je pense que je serais là tous les jours et faites attention, le mal c’est contagieux


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Dernière édition par Samra Jihan le Jeu 22 Oct - 13:19, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Samra Jihan ♣ C'est dans le silence qui suit l'orage, et non dans celui qui le précède, qu'il faut chercher la fleur en bouton. Jeu 22 Oct - 13:13

Passé, présent et futur...

“La connaissance est le début de l'action et l'action l'accomplissement de la connaissance.”
― Wang Young Ming


« Une mère est divine, un père est un trésor. »


Je suis née le 14 avril 2020 à Bombay… 14 avril, une date qui prédestinait mon caractère d’après mes parents. En tout cas, cela a fait leur bonheur. Pourquoi donc ? Car en Inde, il s’agit de l’anniversaire de Ambedkar Jayanti lui qui fut le leader des Intouchables et qui fit beaucoup pour lutter contre le système de castes pour le pays. Oh oui, j’étais prédestinée… Mes parents me nommèrent Samra, la brune. J’étais la petite dernière, la seule fille d’une tribu de quatre garçons, Sanjit,Tahar, Raj et Paavan, évidemment la petite princesse, particulièrement choyée et protégée. Très vite, j’ai appris à apprendre. Mon père était un savant, un grand voyageur, qui était allé partout dans le monde. Il travaillait à l’université, et disait que notre plus grande force était notre esprit et notre intelligence, et qu’il fallait toujours les développer. Je vouais un culte à mon père, évidemment, il était l’être à la fois le plus sévère, le plus intelligent et le plus juste que j’ai jamais connu. J’ai donc très vite appris à lire, et à m’intéresser à tout. Mais surtout, j’adorais toucher à tout et observer mes frères construire des choses ou fabriquer des pétards qu’on faisait exploser sur les marchés. Très tôt, mes parents m’ont appris mon histoire, l’histoire de ma famille, celle de ma mère surtout. Dès que j’ai été en âge de raisonner, elle m’a raconté… Avant de connaitre mon père, elle était une Intouchable, vivant dans un village profondément éloigné dans les terres et à cheval sur les traditions hindouistes, notamment le système des castes. Alors une accoucheuse, en contact direct avec le sang… J’ai grandi en connaissant ces histoires. Ma mère semblait si tolérante. Elle n’était pas en colère. Jamais. Elle a continué à voué un culte aux dieux, malgré ce qu’elle avait subi. Moi, j’allais dans tous les temples. Nos parents désiraient nous laisser libres de nos choix. J’étais petite... si petite, mais je me souviens que j’allais souvent au temple Sikh. Cela ne m’empêchait pas de danser. Pour n’importe quel dieu d’ailleurs, j’aimais juste cela. J’étais libre. Et je ne comprenais pas pourquoi certains seraient moins purs ou moins importants que d’autres. Je jouais, avec tous les gamins des rues de Bombay, sans distinction.

Je me souviens de la terreur de mes parents, un matin de 2026, alors que je rentrais de l’école. Ils étaient devant la télévision et l’ordinateur. Ma mère pleurait, mon père lui disait de se calmer et il pestait contre l’ordinateur qui ne parvenait pas à se connecter. La panique a envahi mes frères, puis moi. J’avais six ans, je ne comprenais pas que mes héros soient dans un tel état. Ils parlèrent de mon frère ainé Sanjit, parti aux Etats-Unis pour ses études. A la télé, ils racontaient qu’il y avait eu une catastrophe, qu’on avait perdu le contact avec une zone du globe. Ça a été la panique. Dans les jours et les semaines qui ont suivi, on racontait que l’Ouest n’était plus. Ma mère a beaucoup pleuré. Mon père aussi. Bien sûr, je ne sais pas ce qui était vrai ou non. Les rumeurs étaient certainement exagérées… Mais on a prié, pour l’âme de mon frère ainé. Oui, j’ai prié, mon père aussi. On ne savait pas qui, ni vraiment pourquoi, mais c’était la seule chose à faire. Quelques temps après, l’Inde a vu déferler des marées de survivants. Il y avait bien quelques tremblements chez nous, mais nos maisons étaient encore sur pieds, et les pertes bien moindres comparées à ces malheureux. Alors tous les jours, on allait les aider, parce qu’on ne devait pas se laisser abattre, parce qu’il fallait continuer à vivre, coûte que coûte. Des gens vraiment admirables mes parents.

« Pour la fourmi, la rosée est une inondation. »

En quelques mois, la situation s’est considérablement dégradée. La terre a tremblé de plus en plus. Les écoles, les services publics ont fermés. Beaucoup de gens priaient dans les rues. Tout est arrivé très vite. Nous n’avons rien vu venir. J’étais allée prier au temple Sikh puis j’avais dansé pour les dieux hindous, afin d’implorer leur clémence. Ma mère et moi rentrions du temple. Nous longions la mer quand elle est apparue. Cette vague. Un monstre d’eau, brutal, impitoyable. Un véritable mur d’eau. Je l’ai vu se rapprocher si vite. J’ai senti la main de ma mère agripper la mienne et on s’est mises à courir. Vite, terriblement vite, à s’en faire mal aux jambes. Tout le monde hurlait, dans un bruit assourdissant. Mais c’était comme si on était cloué sur place, comme si on n’avançait pas. Et elle est arrivée sur nous, la vague. Dans un fracas, elle a dévoré le rivage et elle nous a emporté de plein fouet. C’était comme si je n’avais aucune force, comme si je ne pouvais rien faire. Et c’était le cas. J’ai lâché la main de ma mère, j’ai essayé de reprendre mon souffle, mais l’eau s’engouffrait dans ma gorge. Ce n’est pas froid comme on pourrait le croire. C’est brûlant. Je n’avais presque aucun souffle et j’ai passé plus de temps la tête sous l’eau qu’à l’extérieur. Tout allait vite… j’ai attrapé accidentellement quelque chose…. une branche ? Un poteau ? Je ne sais même pas. Mes muscles me brulaient mais je pouvais respirer. Puis j’ai lâché… et là, on m’a rattrapé. Maman…. je criais, je pleurais, mais elle souriait. Pourtant je voyais sa main trembler. Elle m’a tirée vers elle, et m’a forcée à m’accrocher. L’eau coulait toujours, j’étais terrifiée, et elle m’a dit de ne pas avoir peur, de tout faire pour survivre, qu’un jour je serai une femme belle et que je serais généreuse et que je devrais toujours agir pour le bien de tout le monde. Elle m’a dit que j’aurai de beaux enfants. Elle m’a dit qu’un jour un homme bon m’aidera. Elle m’a dit qu’elle était fière de moi… et elle a disparu dans les flots, accompagnée de mes hurlements.

J’ai tenu, je ne sais pas combien de temps, puis j’ai lâché, épuisée, tant physiquement que mentalement. Je me suis réveillée sur une barque, conduite par le père d’une des enfants avec qui je jouais avant que tout cela n’arrive. J’étais faible, et ils m’ont nourrie, malgré leur pauvreté. J’ai eu encore plus foi en l’humanité après cela. Au bout de quelques jours, ils m’ont ramenée près de ce qui était jusqu’à il y a peu ma maison. Un tas de ruines flottant sur l’eau. Mon père et deux de mes frères étaient là. Le troisième, Raj, n’était plus. Mon père a tout de suite compris, et j’ai vu ses larmes couler.

Ça ne s’est pas arrêté. Quelques jours après une nouvelle vague a léché Bombay. Les vivres commencèrent à manquer. Les cadavres pourrissaient dans l’eau, et moi je ne dormais plus, hurlant toutes les nuits. Les maladies se propagèrent, à cause du manque d’hygiène et des aliments que nous trouvions et qui avaient macéré. Puis il y a eu ce débat : où fuir ? Nous ne pouvions rester à Bombay, l’eau ayant décidé de nous décimer. Mais d’aucuns disaient qu’il fallait aller plus loin dans les terres. D’autres que c’était peine perdue. L’inde ne serait bientôt plus. Mon père a entendu parler d’une entreprise un peu folle : fuir dans la direction de notre ennemi. La mer. Prendre le large sur la mer arabe, dans l’espoir d’une terre qu’elle n’attaquerait plus. Avec d’autres savants ils ont observé le phénomène et le mouvement de la vague, et après une déferlante, il nous a calés dans un grand bateau, mes frères et moi... Mais il n’est pas monté. J’ai compris, a posteriori, que les hommes restés à quai avaient attendu le meilleur moment pour détacher les amarres, pour que l’eau nous emporte loin de ces terres désolées. Une nouvelle fois, l’eau me prenait ma famille. Nous étions en 2027.

Nous avons dérivé plusieurs jours, plusieurs semaines. J’ai été malade durant la traversée, et j’avais peur, j’étais terrifiée par cette eau, censée être source de vie et qui s’acharnait à nous tuer. Des jours à vomir le peu de ration qu’on nous donnait… et c’est affamée et affaiblie que je suis arrivée sur la pointe Somalienne.

« Le destin s’écoule comme le torrent, d’une manière irrévocable. Celui qui lui résiste retourne grain par grain au rivage de sable. »

Je n’ai pas compris pourquoi. Je n’ai rien entendu aux regards que les Somaliens nous lançaient. Mes parents m’avaient toujours appris à venir en aide aux plus faibles, à ceux qui se battaient pour survivre. Je me battais pour survivre, comme ma mère me l’avait demandé. Au lieu de cela, ils ont monté des barricades, pour nous empêcher d’entrer dans les terres, et au début, ils nous maintenaient en respect avec leurs armes… Ce sont des femmes qui sont venues s’occuper de nous les premiers jours. De moi, de Paavan et des autres enfants en priorité. Je ne comprenais pas leur langue, mais elles se sont avérées gentilles et bonnes. Au bout d’un moment, ils sont venus chercher les garçons les plus robustes. Certains ne sont jamais revenus. Par contre, ceux qui sont revenus, dont Tahar… ils nous ont dit que les Somaliens avaient tentés de les vendre, comme esclaves, avant de les exploiter toutes la journée… ils nous avaient finalement trouvé une utilité… Mes deux frères furent emmenés tous les jours. Je craignais, chaque jour, qu’il y ait un troc avec d’autres peuples. Mais cela restait rare… Les garçons rentraient épuisés, et les plus jolies filles disparurent également… pourtant on les entrevoyait dans le village. Des femmes venaient par contre, dans notre enclos. Elles nous apprenaient leur langue, et elles nous ont… auscultées… surtout les filles… j’étais trop jeune pour comprendre mais elles nous ont triées… Les vierges qui avaient leurs règles partirent au village. Celles qui ne l’étaient plus furent condamnées aux mêmes travaux que les garçons. Et il y avait les filles comme moi, vierges et pas encore femmes. On travaillait le matin, apprendre à préparer certains repas, à préparer la viande… et l’après-midi, on apprenait dur la langue et les règles des Somaliens. Certains ont bien essayé de s’enfuir, mais on les retrouvait amputer ou pendus le lendemain ou quelques jours après… leurs corps pourrissaient des jours à notre vue. Cela a duré plusieurs mois, puis on nous a emmenés. Une dizaine d’entre nous, filles comme garçons, de tous âges, en 2028.

On nous a emmenés dans des espèces de camionnettes, on a roulé pendant des heures… puis on nous a vendus… je ne savais pas qu’on pouvait vraiment vendre des humains, mais ils nous ont monnayés contre des bidons d’essence je crois, et d’autres biens à un peuple bédouin, d’après ce que j’ai compris par la suite. J’ignorais tout… mais j’ai vite appris, comme à chaque fois. Les garçons étaient utilisés pour des tâches ingrates (creuser des trous et les reboucher pour les besoins, lavés les animaux etc), quant aux filles, le même manège qu’en Somalie a eu lieu. On nous mis un voile et ils obligèrent les vierges en âge de procréer à se marier. Et ça n’avait rien du mariage heureux de mes parents. Les autres, dont je faisais partie, on nous réduisit à l’état de petite main. Si en Somalie, avec les femmes, nous étudions encore, là, il n’en était plus question. On se contentait d’apprendre la langue, mais rien de plus. En réalité, ils ne possédaient rien, encore moins de vestiges du passé.

Heureusement, il y avait Trishna. Elle était indienne elle aussi mais elle avait fui par les terres, et marché durant des jours entiers. Elle comprenait déjà la langue et me prit sous son aile. Elle était issue d’une lignée de Devadâsî. Même si on ne leur reconnaissait pas d’existence en Inde, elle revendiquait ce statut.

J’ai passé les plus longues années de ma vie avec eux. Chaque jour, je cuisinais, sans regarder les hommes dans les yeux, à part mes frères, pour me donner du courage. Chaque jour nous marchions, les bédouins sur leurs chameaux et nous à pieds. L’Ethiopie… un parcours lourd, qui nous a pris beaucoup des nôtres. Tant que je ne saignais pas, j’étais la petite esclave. Et je dansais. Trishna m’avait appris, car cela rendait les hommes moins prompts à nous frapper et un peu plus enclins à nous donner de la nourriture. Et tant qu’on dansait pour les divertir, on ne nous demandait pas autre chose. Avec ce peuple j’ai appris à survivre. J’ai appris qu’on n’obtenait rien sans rien. Si on ne faisait pas notre part du marché, ils ne nous donnaient pas à manger ou à boire. Il fallait dire que c’était la chose la plus précieuse qui soit. Le Soudan… Nous mourions de faim. Paavan est mort durant cette période. Il travaillait plus dur que n’importe qui alors que l’une des favorites, étonnement protégée par son époux, ne faisait aucune de ses corvées et avait le droit de manger… J’ai éprouvé une haine viscérale de la fainéantise et des passe-droits à cet instant. Et ma haine n’a fait qu’augmenter quand ils ont exilé Tahar mon frère, laissé pour mort dans le désert après qu’il se soit opposé à ce qu’un homme me batte, alors que j’allais sur mes 15 ans et tout a changé.

« Attends toutes sortes de maux là où règne l'injustice. »

Je suis incapable, aujourd’hui encore, d’écrire ou de m'épancher sur ce qu’il s’est passé de mes 15 à mes 19 ans. Nul ne sait, à part mon frère, ce qui s’est passé, et je doute que personne ne le sache un jour. Tout ce que je peux dire c’est que j’ai traversé bien des pays, dont le Tchad puis le Niger, que j’ai appris à être une femme, dans tous ses atouts, et que je me suis retrouvée séparée des bédouins pour survivre quelques temps avec les Touaregs, parmi lesquels je retrouvai mon frère, au cours de l’année 2037. Mais toujours et systématiquement, on m’opposait une politique frileuse, peureuse, m’empêchant de proposer des constructions pour améliorer notamment nos conditions d’hygiène et de vie. Il ne fallait plus forcer la nature, les cataclysmes venaient de là… Résultat, nous mourions de faim, de soif, les maladies continuaient se de répandre. Un livre a réussi à me faire tenir. Un seul, et c’est lui seul qui m’a redonné le sourire alors que j’avais gardé le silence pendant un an.

« Seuls ceux qui espèrent peuvent survivre au destin, lui faire face et l’absorber. »

Une nouvelle catastrophe s’est abattue sur nous en 2042, et suite à une tempête de sable, j’ai été séparée de ma caravane et encore une fois de mon frère. Presque deux mois à errer seule, à manquer de mourir de faim et de soif, mais refusant de me laisser mourir. Et c’est affamée et épuisée mais avec la rage au ventre et une inébranlable volonté de changer les choses que j’ai atterri à Abalessa, vers juin 2042. Ils étaient semble-t-il installés ici depuis trois mois à peine, et j’ai pu me reposer puis reprendre des forces au Camp des Réfugiés où j’ai été recueillie et comme protégée par Damien. Je n’ai raconté mon histoire à personne. Juste d’où je viens et les pays que j’ai traversés. Mais personne ne connait ma véritable histoire. Du moins personne ne la connait entièrement, car j'ai retrouvé là-bas des fantômes de mon passé, qui savent des choses que je garder bien enfouies. J’ai appris à comprendre le système politique et ses rouages, j’ai écouté tout ce qu’on voulait bien me dire sur les Antineas, ces femmes qui prônent la même chose que les autres peuples que j’ai croisés. Pas de surexploitation de la nature, juste prendre ce qu’elle nous donne… Mais on ne peut pas attendre, et ça, peu semblent le comprendre. Vont-ils rester les bras ballants, à attendre la prochaine catastrophe sans essayer de l’anticiper et de l’empêcher ? J’ai appris, j’ai observé comment le monde fonctionnait désormais. Je n’aime pas cette idée de caste, de grandes familles et de familles secondaires. Trop arbitraire. Je n’aime pas non plus cette limitation qu’ils s’imposent sur la culture et la maitrise de la nature. Mais je ne peux rien y faire. J’ai fait tout ce qu’on attendait de moi, je dansais aussi, pour gagner ma vie, et j’aidais parfois les enfants qui arrivaient à apprendre à lire. Au bout de 6 mois, j’ai fait la demande pour être citoyenne, le seul moyen pour moi de faire évoluer les mentalités. J’ai demandé à être Archiviste et j’ai été formée pour devenir Chercheuse. Très vite, j’ai appris les différentes langues parlées à Abalassa, même si j’ai du mal avec le français et que l’espagnol reste ma grande difficulté, et je me suis passionnée pour le Génie Civil. En plus de tout le reste à dire vrai. J’aime les livres, vraiment. Mais je me dis que la science est notre avenir, elle nous aidera à construire un monde plus sûr, pour nous et pour les générations futures. Surtout que certains partagent mes idées. Les fordistes. Je me suis beaucoup rapprochée d’eux ces derniers temps. Et je me dis qu’il faudrait un grand coup dans la fourmilière pour faire bouger les choses. Et que je pourrais être ce coup de pied.



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MessageSujet: Re: Samra Jihan ♣ C'est dans le silence qui suit l'orage, et non dans celui qui le précède, qu'il faut chercher la fleur en bouton. Ven 23 Oct - 23:30

Comme promis, première validée \o/ Tu sais où aller pour te référencer, toussa toussa [rajouter blabla administratif ici]

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I wonder if the snow loves the trees and fields, that it kisses them so gently? And then it covers them up snug, you know, with a white quilt; and perhaps it says "Go to sleep, darlings, till the summer comes again."

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MessageSujet: Re: Samra Jihan ♣ C'est dans le silence qui suit l'orage, et non dans celui qui le précède, qu'il faut chercher la fleur en bouton.

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Samra Jihan ♣ C'est dans le silence qui suit l'orage, et non dans celui qui le précède, qu'il faut chercher la fleur en bouton.
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